Revue de Presse
Texture : 15 mars 2016
Jacques Ibanès
« L’Année d’Apollinaire. 1915, l’amour, la guerre »

Cette année 1915 se déroule pour Guillaume Apollinaire sur deux fronts, celui de la guerre où l’artilleur devient fantassin et sur celui de l’amour entre deux femmes, Lou qu’il va quitter, et Madeleine, qui devient sa nouvelle inspiratrice.
Madeleine Pagès est répétitrice en vue de devenir institutrice au lycée de jeunes filles d’Oran.. Elle est venue passer les vacances de Noël de 1914 à Nice dans la famille de son frère ainé. Et c’est le 2 janvier 1915, alors qu’elle est dans le train la ramenant à Marseille où elle doit prendre son bateau pour l’Algérie, qu’elle voit entrer dans son compartiment un soldat en route pour le 38e régiment d’artillerie de campagne à Nîmes. Cet élève-brigadier artilleur n’est autre que Guillaume Apollinaire. Il vient de quitter les bras de Lou, son amante fougueuse retrouvée durant sa permission. Il s’installe à côté de la jeune fille et commence à parler avec elle, puis à sympathiser, notamment parce qu’ils se découvrent un goût commun pour la poésie.
C’est par la relation de cette courte et chaste rencontre que débute le récit de Jacques Ibanès, « L’année d’Apollinaire. 1915, l’amour, la guerre ». Il s’achève à la fin de cette même année par le voyage du poète à Oran, lors d’une permission. L’an 1915 est donc bien marqué pour l’auteur d’« Alcools » par cette jeune femme qu’il n’aura vue que deux fois, mais qui l’aura enflammé au point qu’ils ont envisagé de s’épouser…

Sur deux fronts
Alors que sa relation passionnée et sensuelle avec Lou se dégrade et s’achève, le souvenir de la jeune fille du train va l’obséder durant toute cette année 1915 et lui faire écrire des lettres et des poèmes qui comptent parmi les plus beaux de son œuvre. Mais il est aussi au front, où l’artilleur devient fantassin et connaît l’horreur des carnages. Jacques Ibanès ne l’oublie pas lorsqu’il raconte cette année cruciale dans la vie du poète. Elle lui inspire des pages parmi les plus fortes (p88, 89, 90, etc.) d’un récit très vivant.
Un récit dans lequel ce que j’apprécie le plus tient à la manière de raconter. Jacques Ibanès, qui est aussi poète, musicien et chanteur , est un passionné d’Apollinaire depuis son adolescence. Il a d’ailleurs mis en musique et interprète plusieurs de ses poèmes lors de ses récitals. Son livre se lit comme un roman, mais il n’hésite pas à mêler à son récit, très documenté et émaillé de citations, des considérations et des précisions historiques sur les personnages évoqués, les lieux, la Grande Guerre, des anecdotes personnelles, liées par exemple à sa découverte d’Apollinaire au lycée à travers le poème« Marie », ou aux récits sur les tranchées rapportés par ses grands-parents, ou encore ses traques sur les pistes du poète, comme en Bretagne…. Ces digressions donnent un rythme nonchalant à la narration et en font souvent le charme.
De fait dans ce livre, les amoureux d’Apollinaire, comme Claude Debon qui préface l’ouvrage, se sentiront chez eux, les autres y apprendront beaucoup. Mais tous auront eu l’impression de côtoyer le poète un moment – un très bon moment - dans son intimité, sa ferveur et sa mélancolie.

Michel Baglin

Fauves Editions 120 pages 12€


 
 
Retour Presse